Solitude. Première partie : mémoires de séparations

Solitude. Première partie : mémoires de séparations

Pourquoi avons-nous peur de la solitude ? Pourquoi en souffrons-nous ?

Mémoires de séparations

La première séparation cosmique

L'image du big-bang nous laisse penser qu'à un moment donné, il y a 13,8 milliards d'années, une gigantesque explosion a donné naissance à nos galaxies. (Voir Edwin Powell Hubble 1889-1953). Ce que nous en imaginons est nourri des nombreuses illustrations prospectives que l'on trouve un peu partout : Internet, livres d'astronomie etc. L'impact est fort dans notre psyché. Profanes ou scientifiques, nos questions sans réponse absolue sont face à un vertige. Si l'origine du monde commence par une explosion, (l'avant-big-bang est encore dans les limbes !) ce "noyau" éclaté imprime en nous une image de séparation.

Si nous admettons l'idée d'un point de départ, d'aucuns pensent que nous n'en restons pas moins reliés à la Source. Reliés les uns aux autres. Certains évoquent Dieu, d'autres une gigantesque énergie. La cosmogonie racontée par Hésiode ou Homère résonne par ailleurs durablement dans notre imaginaire et nos comportements. (Astrologie, mythologie).

Peut-être sommes-nous reliés par l'énergie du cœur (champ magnétique du 4ème chakra), ainsi que tend à le démontrer Gregg Braden (La Divine Matrice).

L'image est belle.

Et si il s'agissait d'une immense farandole d'âmes en voyage de galaxies en galaxies ?

Ou bien d'une course folle de photons à la recherche de leurs reflets, d'électrons libres heureux de faire de nouvelles rencontres ?

Plus besoin d'avoir peur.

La colère de Jupiter

Platon nous raconte une sacrée vacherie, dans le discours d'Aristophane, in Le Banquet. Jupiter, inquiet de l'arrogance de nos ancêtres sphériques, —à la fois hommes-femmes-androgynes (Soleil, Terre, Lune)—, nous a coupés en deux, à l'aide d'un crin, comme on le ferait pour un œuf. Ainsi somme-nous condamnés à chercher sans cesse notre moitié.

Pour les paresseux qui n'auraient pas envie de relire Platon, Arte a concocté une petite vidéo bien amusante avec la voix de Jean-François Balmer .

La première séparation : la naissance

Au moment où nous sortons du ventre de notre mère, nous ne sommes pas trop contents de quitter la chaleur de l'eau.

La sortie est brutale et douloureuse, puis on coupe notre cordon ombilical, notre lien sacré.

Le nouveau-né pousse un cri, parfois un hurlement. On en connait la raison médicale. Mais la raison symbolique est-elle une colère, une peur, la mémoire de vies antérieures, la conscience de l'avenir ? Ou un immense discours contenu en quelques cris ?

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Ces mémoires de séparation circulent dans l'inconscient collectif et individuel.

Tout ramener à la "psychologie" , comme le font certains, me parait insuffisant.

Manque, sentiment d'abandon, la solitude nous pétrifie parfois dans un étau glacial et nous paralyse. Il ne s'agit pas seulement du vécu personnel. Nous pouvons l'explorer, il est riche d'enseignement. Mais admettre que l'origine du sentiment de solitude est par ailleurs universel pour les motifs que je viens d'évoquer, devrait nous rassurer et nous interroger de façon féconde.

Sous ces deux éclairages, nous et les mémoires collectives, commence une longue quête, parfois douloureuse, mais de plus en plus lumineuse.

Jung raconte qu'un jour il est parti à la recherche de son âme. Je trouve l'idée superbe. Il précise qu'il lui a fallu au préalable, accueillir le notion d'âme en dehors des schémas scientifiques auxquels il s'était contraint.

Qui n'a senti parfois que son âme était "ailleurs", voltigeant sans parvenir à ré-intégrer notre corps ? Lorsque nous manifestons un désir d'intégration, de racine, il est bien possible que ce soit aussi la manifestation de notre âme qui souhaite "revenir à la maison". Et pas seulement un besoin d'ancrage.

Jung nous dit aussi : "La solitude n'existe apparemment que lorsque le soi est désert".

Alors voilà. Avons-nous peur de nous retrouver face à nous même ?

Si nous vivons la solitude comme un désert, si nous avons peur de nous mêmes, c'est peut-être parce que nous ne nous aimons pas.

Et c'est bien la partie de la quête la plus difficile : apprendre à nous aimer.

Un ami m'écrit : "Aimer sa propre compagnie, c'est quand même le meilleur service à se rendre…".

Se disputer avec soi-même en permanence est éreintant. Se disputer avec les autres encore plus. Se réfugier en soi-même par peur ou dégoût d'autrui est-il un véritable choix ?

Rédigé par Ferry Véronik

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